Ce matin c'est lundi. Je suis à la place du mort. Cuit et sonné, raide comme un piquet. Pas normal ce silence, ce vide qui me traverse. Un espèce de baby blues. Le type à côté de moi a les yeux fixés au loin et il tient bon. Je l'avertis quand même. Je m'endors.
Trois jours avant.
Vendredi soir et minuit moins quelques minutes. Rencontre improbable au centre de la station. Manu arrive du côté français avec ses 3 potes parisiens et de l'autre côté 4 Chatel arrivent par la Suisse. On est heureux de se retrouver. Sur le téléphone Stéphane et Yohann s'annoncent à 2 heures de route. Tout va bien on peut se coucher.
Le lendemain, un copain arrive avec sa femme et un pote. On a prévu un rendez-vous commun à partir de 13 h au Bike parc de Près-la-Joux, histoire de manger avant de rouler l'après-midi. On arrive dans le désordre. Stéphane, très joueur, a indiqué à 2 parisiens qu'ils pouvaient venir en vélo jusqu'au Bike parc car ça monte à peine et pas longtemps "qu'y disait". Mon oeil. Un de rincé sur les deux. Bonne humeur garantie ! C'est vrai que pendant ce temps là on buvait un coup à leur santé. Nicolas et Renaud arrivent par le rail vers 12 h 15. Le temps (suisse) de les récupérer, de louer leurs vélos, ils arrivent bons derniers après Manu et son pote. Nous voilà douze.
De 15 h à 17 h 30 on fait quelques pistes. On se rode, on s'observe, on se groupe. Quelques gamelles et frayeurs pas méchantes côté 75. Il fait beau. Le terrain est superbe. On entends des hihaa, des yahoo, et des banzaï, et on aurait voulu rester encore mais il faut s'économiser de toute façon pour le lendemain. Les femmes ont répéré un resto très sympa et là on prends du bon temps et quelques canons bien mérités autour de plats typiques. Après être rentrés pas trop tard, deux jeunes chasseurs sont ressortis à l'aventure. Ils tombent chez Walt Disney qui paye sa tournée. Du coup ils organisent une descente surprise à l'appart réservé par Stéphane. Y'en a qui feront des cauchemars éveillés, croyant voir un être entre Shrek et Fiona, Blanche-neige et Atchoum. Homme ou femme ?…
Dimanche matin.
Le soleil cartonne. Tout le monde est d'attaque. Le programme est le suivant : 80 km, 6000 m de négatif et 1000 m de positif. Les stations dans l'ordre : Châtel, Torgon, Morgins (CH), Champéry (CH), Les Lindarets, Avoriaz, Morzine, Les Gets, Morzine, Avoriaz, Les Lindarets et Châtel. Pour ceux qui suivent un peu les évènements du VTT au niveau mondial DH, Enduro, Freestyle, Slopestyle et même Xcountry, on est pile dedans. On peut ajuster le parcours selon ses préférences, à savoir qu'environ 4 portions vertes (XC) et 4 portions rouges (DH léger) sont proposées sur le parcours. Vous m'avez compris j'espère…
Mon frangin nous pète un problème mécanique au départ et on décolle à 8 h 30 finalement. Le décrassage de la veille nous a mis dans de bonnes conditions et ça roule bien. On loupe Torgon à cause d'un défaut de balisage. No problèmo on se rattrapera plus tard, y'a de quoi faire. Le groupe reste homogène et on fait attention de s'attendre et de se compter à chaque arrêt. Et c'est du bonheur sous nos roues, dans les alpages suisses, dans le décor grandiose des montagnes qui nous entourent et sous un soleil qui fait péter le bleu du ciel. Passer la frontière suisse est un régal, un changement d'atmosphère. Pâtures, vaches à gogo et leurs cloches qui tintent, étables, petites fleurs, abreuvoirs en sapin. Tout le monde se souvient aussi du petit garçon tout nu au bord du chemin, figure qui se raccroche illico à notre enfance. Il représentait notre innocence du jour, notre découverte, nos yeux grands ouverts…
Trois ans que nous loupions en Suisse la partie DH. Merde ! Même l'an dernier en étant vigilant on était passé raide comme balle devant. Fort dommage car à la place nous descendions sans grandes sensations sinon la vitesse, environ 5 km de route pour rejoindre Champéry. Une cata. Mais cette année on a chopé la trace ! Yesss ! Alors là, obligé de poser le pied dans le premier dévers pourri de racines. Ensuite c'est un enchainement de bonheur et de frayeur, glissades, marches, épingles, ruisseaux. Contrôle indispensable de vitesse, de position, de freinage, d'équilibre, de relance. Tu es magicien si tu ne poses pas un pied. Et interdit de tomber, n'y pense même pas, suis la trace et apprivoise le single, contrôle tes sensations. Un grand pied qui cache sa joie. Voilà voilà. A la sortie, les douze salopards ont la banane et le poil tout debout sur le dos.
Les ravitos : on se s'attarde pas trop mais les choses sont bien faites : bouffe, bière, musiciens. De quoi te ruiner le parcours si tu profites trop. Bons points de détente en tous les cas.
La pause de midi passée on se tape un bonus d'enfer histoire de se remettre dans le mouvement. Et si tu veux le faire encore tu peux autant de fois que tu en as l'envie et la force, en utilisant des variantes. Tu récupères le circuit ensuite comme si de rien n'était. C'est une histoire de gourmandise ! Euh, faut rentrer avant la nuit aussi…
S'en suit une partie également parfaite, sur le circuit normal cette fois-ci.
Racines de sapin dans tous les sens ; un coup c'est sec, un coup c'est détrempé, terre noire en bouillie sur les racines. Oh, tiens un attroupement, on nous demande de ralentir. Un gars vient de terminer son périple dans une coquille. Plus tard on entendra l'hélico.
Pense pas à ça, reste zen, remets les gaz, d'ailleurs ça y est, bien obligé de lâcher les watts dans ce chemin bardé de caillasses, parce que ton pote que tu aimes bien, tu chercherais pas à le cramer ? A moins que celui derrière toi le fasse… C'est la guerre pendant 2 bornes, et dans les passages ombres et lumières qui ne cessent pas d'alterner, tes yeux perdus sortent du casque cherchant la meilleure trace. Faut que ça passe. Et encore un régime de 12 bananes qui papotent vélo en se regroupant. Il y a du tassement dans les poignets !
Bon les petit gars je ne vais pas tout vous raconter, on va garder le restant pour le rêve et pour l'envie de vous faire découvrir les Passportes par vous-même. Sachez que nous sommes rentrés à 18 h 30. Une bonne attelée. Une grosse détente. Une ambiance du tonnerre !